Comment mettre fin aux groupes armés locaux dans le territoire de Walikale

Lettre ouverte adressée au Président de la République Démocratique du Congo

I. Analyse du contexte

Excellence,

1. 20ans sont passées, les villages du territoire de Walikale sont devenus des champs des batailles. Les victimes de ces conflits armés se comptent en des centaines des milliers. Le nombre d’enfants orphelins est impressionnant et des déplacements massifs des populations sont enregistrés sur toute l’étendue du territoire. La vie dans les camps devient insupportable et intolérable. C’est au péril de leur vie que les déplacés cherchent leur pain. Les enfants, avenir de la RDC, ne vont plus à l’école. Ils se livrent à des activités illicites et ils sont enrôlés dans les forces et groupes armés.

2. Nombreuses opérations militaires [conjointes] de traque de groupes armés ont tourné contre les populations civiles. Celles-ci ont été prises pour cibles de belligérants. Les détonements des armes lourdes et légères ont causé la surdité chez certaines personnes vulnérables, et les femmes ont pu faire des fausses couches. La joie a disparu de nos cœurs et le deuil a remplacé nos danses, en effet. Oui, notre peuple a tant souffert. Il est temps que la paix revienne.

II. Approche stratégique

Excellence,

3. Il est possible de donner au peuple de Walikale la paix dont il a besoin sans faire recours à la guerre. Les moyens à utiliser devront être pacifiques de manière à ne plus créer des déplacements forcés des populations et la mort. Au stade actuel, on ne privilégierait plus le recours à des méthodes susceptibles de faire couler le sang des congolais vu le nombre de morts enregistrés parmi les populations civiles, mais aussi au sein des groupes armés locaux et au sein des Forces Armées de la République.

4. S’inscrivant dans cette démarche pacifiste, les chefs coutumiers du territoire de Walikale ont dû sensibiliser les groupes armés locaux au désarmement et à la démobilisation volontaires afin d’éviter les conséquences catastrophiques des accrochages avec la Brigade d’intervention de l’ONU et les FARDC. En réponse à cet appel, les groupes armés locaux SIMBA, MAC, Kifua Fua, NDC et Raia Mutomboki ont librement exprimé leur adhésion à l’initiative entreprise par les chefs coutumiers. Ces groupes armés locaux sont décidés de mettre le peuple à l’abri des conséquences des conflits armés. D’où, il y a lieu de capitaliser cet engagement déjà manifeste.

III. Recommandations

Excellence,

5. Toutes les couches sociales du territoire de Walikale ont déjà manifesté et exprimé leurs vœux en faveur d’une résolution pacifique de la crise en organisant un dialogue social qui réunira tous les groupes armés locaux actifs aux côtés des chefs coutumiers et des notabilités de Walikale. Il ne s’agira pas des pourparlers et encore moins des négociations avec le Gouvernement de la République, mais plutôt, un cadre de concertation entre les différentes couches sociales et les groupes armés locaux sous les auspices du Gouvernement. Ce dialogue pourra se tenir au chef-lieu du territoire de Walikale à la date de convenance du Gouvernement central.

6. La mise en place d’un programme de désarmement, démobilisation et de réinsertion des ex-combattants issus des groupes armés locaux est une réponse à la réinsertion. Il ne serait pas exclu que certains jeunes issus de ces groupes armés locaux soient, dans le cadre de leur réinsertion, accompagnés dans les activités minières dans le territoire de Walikale. D’où, la nécessité de qualifier et valider les sites miniers du territoire de Walikale dont celui de Bisie. C’est une opportunité pour la paix dans la région.

IV. Conclusion

Excellence,

7. Nous sommes convaincus que le dialogue est en mesure d’apporter une solution qui soit réellement durable quant à la question des groupes armés locaux au Nord-Kivu. Les chefs coutumiers et notables de Walikale ne souhaitent plus voir les grands et petits frères [FARDC – Groupes armés locaux] s’entretuer sur le sol de leurs ancêtres communs. Ils veulent éviter qu’une seule goute de sang ne coule encore. Un mort de plus, c’est déjà trop.

8. En déclenchant les hostilités contre les groupes armés locaux en Province, personne ne sait ce qui arrivera, comment cette guerre se déroulera et quand elle prendra fin, surtout lorsqu’on sait que ces groupes armés ont des ramifications au sein de leurs communautés respectives. C’est au prix du sang des populations civiles que toutes ces opérations seraient menées.
Excellence,

9. Donnons la chance à mon oncle qui a survécu à toutes ces guerres de ne plus mourir suite à ces affrontements qui seraient déclenchés contre les groupes armés locaux dans le territoire de Walikale. A ma sœur vivant à Pinga de ne plus être violée pendant les conflits armé. Permettez que ces enfants de Ntoto ne perdent leurs parents comme ceux de Busurungi. Prière donner à ma grand-mère de Musenge la chance de voir ses petits fils rentrer vivants à la maison. Le paysan de Walikale ne voudrait plus quitter nuitamment sa maison, il ne voudrait non plus abandonner son champ pour vivre dans des camps des déplacés où le bois et l’eau ont leur prix.

10. En effet, le dialogue produit des résultats plus importants au-delà de ce que pourrait produire la contrainte. Le coût du dialogue est moindre à tout point de vue, et il ne fait couler aucune goute de sang. Il apporte la joie et le sourire à tous. Contrairement à la force, le dialogue convainc, contribue au changement des mentalités et réconcilie les frères. La paix devient durable lorsqu’elle vient du fond du cœur de l’homme. Pour ce faire, nous devons arriver à convaincre les jeunes gens à ne plus jamais recourir à la violence pour résoudre les problèmes de la société ou les leurs. Grâce au dialogue, les populations de Pinga pourront se parler et reprendre la vie commune.

Qu’il plaise ainsi à votre autorité d’accorder cette grâce et d’éloigner du peuple de Walikale cette coupe!!! La démarche pourra s’étendre sur toute l’étendue de la Province du Nord-Kivu.

NOS RESPECTS.

Fait à Goma, le 11 novembre 2013

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