Dénonciation des menaces de mort contre Prince Kihangi Kyamwami

Lettre adressée à Monsieur le Commissaire provincial de la Police Nationale Congolaise au Nord Kivu en date du 13 mai 2013

Monsieur le Commissaire,

C’est avec regret et grande désolation que je tiens à vous informer que depuis deux mois, je suis l’objet des menaces de mort. Cette situation d’insécurité dans laquelle je vis est l’œuvre de certains opérateurs économiques du secteur minier de la Province du Nord-Kivu qui s’opposent farouchement au respect de la loi réglementant le secteur des mines en République Démocratique du Congo. Ils sont des compatriotes qui n’aiment pas la vérité et les bonnes œuvres. Ces opérateurs miniers ne veulent pas entendre parler des droits des communautés locales affectées par les projets miniers. Ils ignorent délibérément que les ressources minières doivent profiter également à ces communautés, et que l’intérêt des générations futures doit, à tout pris, être sauvegardé, vu que les ressources minières sont des richesses épuisables et non renouvelables. Pour ces opérateurs économiques du secteur minier, la loi Dodd frank act, le manuel de certification régionale [CIRGL] et le devoir de diligence raisonnable [Guide de l’OCDE] sont des initiatives qui ne mériteraient pas l’appui de la société civile congolaise car, tout simplement, elles mettent fin à leurs activités. Ils auraient voulu que les activités minières reprennent comme par le passé sans aucun bénéfice pour les communautés locales affectées et l’Etat congolais.

En effet, ce samedi, 11 mai 2013 vers 18 heures, alors que je revenais d’une séance de restitution de la réunion du forum CIRGL-OCDE-GROUPE D’EXPERTS DES NATIONS UNIES qui s’est tenue dernièrement à Paris du 2 au 3 mai 2013 sur la mise en œuvre du devoir de diligence raisonnable pour des chaines d’approvisionnement responsables des minerais, j’ai trouvé une foule nombreuse à la porte d’entrée de ma maison. Cette masse était paniquée et s’inquiétait des effets nocifs et dangereux qu’allait avoir l’explosion d’une grenade placée par une personne non autrement identifiée à cinq (5) mètres de ma résidence. Confus, j’ai vite eu recours à la Police des Polices basée au camp Munzenze. Nous avons tous été exposés à la mort, mais par la grâce de Dieu qui nous a été accordée, moi, ma famille et tous ceux qui m’entourent, avons eu la vie sauve suite à l’intervention de deux éléments de la Police des Polices mis à ma disposition. Ils ont pu déterrer la grenade, et nous sommes aujourd’hui à l’abri de ce danger. C’est en effet, la première manifestation des menaces qui pèsent sur ma personne. Aux dires de ces experts de la Police des Polices dont je loue la bravoure et félicite pour le courage avec lequel ils ont pu mettre leur vie en danger pour nous, cet engin avait la capacité de produire des effets dans un rayon de 100m². Il n’épargnerait donc personne en commençant par ma famille.

Des liens étroits peuvent être établis entre les menaces proférées par ces opérateurs miniers contre ma personne et le fait que cette grenade soit posée à quelques mètres de ma résidence vingt (20) minutes avant mon arrivée. Déjà le matin de ce samedi, j’avais reçu un message en provenance de Walikale pour dire que ma vie était en danger et que s’il advenait que je me retrouve à Walikale, sûrement, je n’y quitterai pas indemne. Ce comportement qu’adoptent certains opérateurs miniers est de nature à donner certainement raison à ceux qui disent que ces richesses sont des minerais de conflit et de sang. Cet acte répréhensible ne manque pas de qualification pénale en droit congolais, et il ne doit pas demeurer impuni.

Convaincu que les ressources minières sont un moteur de croissance économique et d’un développement durable pour le pays et les communautés locales affectées, et, en dépit de la situation d’insécurité dans laquelle je me trouve actuellement, je ne saurai abandonner la lutte pour le mieux-être dans laquelle je suis engagé.

En ma qualité de Team Leader du Groupe thématique MINE de la société civile du Nord-Kivu, et de surcroît Juriste de formation, le respect de la loi, la promotion et la protection des droits humains ainsi que le droit au développement demeureront mon engagement de tous les jours. La cause est noble, en effet.

Pour ces raisons, et pour le besoin de ma sécurité et de ma famille, je sollicite auprès de votre compétence, dans la mesure où cela est possible, une protection, en affectant un élément de la Police Nationale Congolaise à ma résidence.

Je suis renforcé dans mes convictions que cette alerte ne manquera d’attirer votre attention d’une manière particulière.  

Sentiments patriotiques.

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